Visages antiques de la Barbarie

Enquête sur l'émergence d'une notion

Essai, par Isabel Dejardin

2010

Tour à tour admis et interrogé, le terme « barbare » traverse les époques, chargé de représentations, lourd de suspicion, et toujours approximativement défini. Or, de tous les mots dont la langue grecque antique a disposé pour désigner l’étranger, celui-là est le seul à avoir été chargé de la connotation qu’on lui connaît, le seul également à être passé dans les langues européennes en toute intégrité, quand les autres sont entrés en composition savante ou bien ont sémantiquement évolué.

Visages antiques de la Barbarie

Pourquoi emploie-t-on encore le terme « barbare » ? Et pourquoi cet emploi résiste-t-il aux mutations historiques qui auraient dû le rendre obsolète ? Terme associé à la frontière, voire à la frange, le mot « barbare » s’entête alors même que se dissolvent les limites des Etats. Sa pérennité tient à son histoire, depuis les forges homériques jusqu’au roman grec tardif ; une histoire qui accompagne celle de la civilisation hellène antique. Le présent ouvrage se propose donc d’attaquer ce flou sémantique par la racine, c’est-à-dire de demander au discours grec antique ce que « barbare » veut dire. Il s’agit ici de parcourir l’histoire du terme par le prisme littéraire, qui soumet à l’épreuve du temps les mots de la langue et les représentations conceptuelles que drainent leurs emplois. L’examen des images associées par les lettres grecques antiques aux expressions « barbaros » ou « to barbaron » a pour but de déterminer l’influence de ces représentations sur les emplois modernes du mot « barbare ».

Isabel Dejardin est membre du Groupe de recherches Orient/Occident, aux activités duquel elle participe depuis 2005. Elle a publié notamment Captives en tragédie. La captivité au féminin sur les scènes antiques et modernes, Paris, Nizet, 2008.

Sommaire

Introduction p. 7-14

Chapitre I. Premières représentations de l’autre : p. 15-42

  • La localisation de l’autre : L’organisation de l’espace — Evolution des représentations géographiques — Images de la frange
  • La désignation de l’autre : L’adjectif homérique — Emplois du mot « barbare » à l’âge classique — Aux origines du terme : controverses
  • Perceptions de l’étranger: L’étranger pluriel — Une fracture irréversible — Dramatisation du terme

Chapitre II. Le barbare en rhétorique : p.43- 70

  • Vertu politique du terme barbaros : La barbarie comme argumentaire — Hellénisme et barbarie — Logos et barbarie
  • Effets du logocentrisme : Le discrédit du barbare — La barbarie, version de l’angoisse — Interprétation symbolique de la barbarie
  • Premières déclinaisons éthiques de la barbarie : Logos et hybris — L’antithèse politique — Mœurs barbares

Chapitre III. Mutations hellénistiques : p. 71- 110

  • Alexandre et les barbares : L’ombre portée d’Hérodote — Une revanche sur les barbares — Brouillages politiques — Le procès d’Alexandre
  • Ambiguïtés hellénistiques : Inflexions lexicales — La monarchie hellénistique — Principes d’étanchéité —Persévérance de l’idéal hellène
  • Les modalités du vivre-ensemble : Expériences d’acculturation — Echanges interculturels — Persistances de la menace barbare — La silhouette du barbare à l’époque hellénistique

Chapitre IV. Le barbare de fiction p. 111 - 142

  • Intégration des barbares à la fiction : Barbares en comédie — Le barbare romanesque
  • Les barbares dans la matière romanesque : Chariton : appréhension politique de la barbarie — Philostrate et les sagesses orientales — Xénophon d’Ephèse : la radicalisation dramatique — Achille Tatius : dérives de barbares— Héliodore : le roman sommaire
  • Dérives sémantiques : L’usage politique — Efficacité dramatique du terme — Investissement symbolique — Perspective éthique

Chapitre V. Le barbare dramatique : p. 143- 178

  • Le parti pris romanesque : Le renouvellement des représentations — Le refus de la curiosité
  • Voyages romanesques en Orient : La Perse : la barbarie organisée — La Phénicie : la barbarie de proximité — L’Egypte : la barbarie merveilleuse
  • Vivre à la barbare : L’espace barbare — Le nombre — L’organisation politique — Pratiques cultuelles — Modes de vie
  • Reconnaissance du barbare : L’exclusion du racisme — Expressions de l’asservissement — L’intempérance barbare — La jalousie — La violence barbare

Chapitre VI. Le barbare allégorique p. 179 - 206

  • La motivation romanesque : Le jeu de l’entre-soi — L’héritage rhétorique — Edification de la barbarie — L’envers d’un rêve — Le rêve apollinien — Le cheminement de l’âme
  • L’interprétation stoïcienne : L’orientation des Ethiopiques — Les romans grecs et le stoïcisme — Cosmopolitisme et barbarie

Conclusions p. 207

Index

Bibliographie